Quiconque s’intéresse à l’Inde, de près ou de loin, a entendu parler de la ville de Varanasi.
On la dit sacrée et chaotique, intense et bouleversante.
Dérangeante et apaisante à la fois.

Non loin des axes de circulation assourdissants, le Gange se tient, personnage paisible et élégant.

On lui rend visite pour admirer le lever de soleil qui le surplombe, pour se promener sur les ghats qui le longent. Sur ces marches qui mènent au fleuve, on photographie les sadhus, on découvre le feu éternel sur le ghat de crémation, on embarque pour une promenade en bateau pour mieux admirer la cité de la lumière…

C’est sur Babua Pandey Ghat que j’ai fait la connaissance d’un groupe de jeunes hommes. Ils aiment se retrouver ici, autour d’un verre de Chai ou d’un instrument de musique. Une fin d’après-midi somme toute ordinaire sera le début d’une longue série de rencontres.
Ici, il n’y a pas de place pour les sujets sérieux. Ici, se crée un espace différent, où la vie quotidienne est oubliée, où l’on se retrouve pour rire, chanter, fumer, faire des selfies, et créer - je les ai vus peindre, rapper, danser.

Je me suis tournée immédiatement vers le noir et blanc, et j’ai choisi de mettre de côté les questionnements sociétaux qui permettraient de mieux comprendre ou de jauger ce qui se joue dans ces images. Oublier les couleurs des décors et des corps pour s’attacher au mouvement.
Aux mouvements, aux gestes, et à l’espace, par lesquels se dévoile une énergie.
Car c’est cela qu’offre Varanasi : une énergie toute particulière, une atmosphère qui, si l’on y aspire, peut toucher au divin.

Dans cette série, je cherche à rendre visible le lien entre ces jeunes hommes. Un lien qui peut se lire sur les visages, entre les visages, dans les gestes. Ces mouvements de bras qui les relient entre eux, et qui créent cette énergie.

En se détachant de l'image portée par les médias lorsqu'il s'agit d'évoquer l'homme indien - systématiquement menaçant -, c'est également une invitation à aborder le masculin dans ce qu'il peut avoir de doux et bienveillant.

Signs of love
2016-2017

°°° Série finaliste au concours Libé Apaj 2017